Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 00:02

 

Voilà un condensé de cette année de paysages australiens : de Perth à Perth, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Pour faire le tour du pays très très vite ! Alors, accrochez-vous, et bonne route !

Je l'ai aussi postée sur mon blog de photos : Objectif... Déclic

Naëlle

Par Isabelle et Naëlle - Communauté : Voyages
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Mardi 18 octobre 2011 2 18 /10 /Oct /2011 00:08

Tout d'un coup, tu te rends compte que ça fait un an que tu es rentrée. Qu'il y a donc un peu plus de deux ans, tu partais. Et tu te rends compte que, si toi tu l'avais presque oublié, ce blog, il y a encore du monde qui y passe. Des visiteurs qui rêvent de voyages, tapent des mots clés comme " expérience inoubliable en Australie" ou "road trip" ou "rencontrer des aborigènes". Pas de mots clés trop étranges, finalement ! Qui préparent leur futur voyage, donc ; qui posent parfois des questions, ou font des remarques un peu naïves.

D'autres arrivent sur le blog parce qu'ils n'ont visiblement pas décroché. Ce sont ceux qui passent leurs journées sur les forums du site australia australie, alors qu'ils sont connectés d'un ordinateur parisien... 

 

Alors tu retournes faire un tour sur ce blog. Tu tombes sur les premiers textes écrits, qui ont aussi leur dose de naïveté. Plein de suppositions, aussi, sur la suite du voyage, qui fut finalement totalement différent.

Alors tu ne peux pas t'empêcher de faire une sorte de bilan. Un bilan que tu n'as pas pris le temps de faire en rentrant, parce que tu étais alors aspirée par tellement de choses.

Tu te dis qu'il y a deux sortes de voyages, que tu as déjà expérimentés :

-> ceux qui tu fais en sédentaire, avec un rythme de vie qui, malgré toutes les nouveautés et découvertes, peut ressembler à celui que tu as en France.

-> et ceux que tu fais en nomade. Un voyage au long cours en mouvement perpétuel. 

 

Avec un peu de recul, c'est surtout parce que le voyage s'est fait avec la seconde option que le retour est parfois abrupte. Et alors tu repenses à des choses qui te paraissaient anodines pendant le voyage. Et tu fais une liste, vite fait :

 

- Vivre plus de 8 mois sans eau courante.

- Vivre plus de 8 mois sans clim sous de fortes chaleurs, mais aussi sans chauffage. Se réveiller donc quelques matins en faisant de la fumée quand tu respires parce que la température ambiante avoisine les zéro degrés. Et tu ne peux pas te réchauffer, parce que de toute façon, il n'y a pas de chauffage.

- Vivre aussi ces 8 mois sans électricité autre que celle reliée au moteur du van 

- Vivre, donc, sans toilettes

- Vivre en prenant une douche (presque toujours froide) quand c'est possible, donc parfois au seau, parfois en passant en cachette dans des campings (pour faire des économies), dans des lavabos, ou des douches de plage, à l'air libre...

- Vivre en développant le réflexe de repérer toutes les prises électriques pour recharger son portable, mêmes dans les endroits les plus bizarres. Et quand ce n'est pas possible, réapprendre à vivre sans portable, tout simplement.

- Vivre en repérant les robinets (d'eau froide, toujours) pour faire un minimum de vaisselle. Ce qui veut dire ne pas hésiter à ramener son seau de vaisselle dans un Mac Donald's pour nettoyer tout ça dans le lavabo. Ne pas se dire que c'est sale.

- Vivre en se disant qu'on peut bien profiter de Mac Donald's. Se garer, donc, sur leur parking pour capter leur wifi, tout en se faisant cuire un steak dans le van, et manger en surfant sur internet (grand luxe).

- Vivre plus d'un an avec le strict minimum matériel, en n'achetant rien qui risquerait d'alourdir inutilement le sac.

- Vivre en passant quelques nuits congelée dans le désert, en attendant le lever du jour pour que la température remonte enfin et réchauffe tes os glacés.

- Vivre sans te poser de questions sur l'avenir. Puisque de toute façon, l'avenir ne va pas au-delà de cette visite que tu programmes, ou de cette aire de camping que tu attends pour terminer cette journée de route, ou de cette station essence qui ne vient pas, ou de cette grosse fête-barbecue qui se profile.

- Vivre en te réveillant en pleine nature, avec un kangourou qui gratte autour de ta tente, ou en ayant vue sur l'océan indien dès que tu ouvres les yeux.

- Vivre près d'un mois sur un bateau de croisière, et avoir le mal de terre en posant le pied à terre.

- Vivre, aussi, sur ce bateau où tu dors dans une couchette collée au moteur.

- Vivre, donc, en dormant la nuit avec des boules quiès.

- Vivre pour faire des boulots que tu t'étais jurée de ne plus jamais faire. Mais finalement il n'y a que ça comme boulot pour les non-Australiens, donc tu le fais parce que tu as besoin de sous. Devenir, donc, pro dans le nettoyage de toilettes, et être capable d'établir un classement des utilisateurs les plus propres...

- Vivre pour passer des journées sur la route, et passer des journées sur la route pour vivre.

- Vivre sans avoir de quotidien, et donc sans routine.

- Vivre en ayant hâte au lendemain matin : tu reprendras la route, tu la vivras à fond, et tout sera nouveau, encore une fois.

- Vivre sans a priori.

- Vivre en dormant sur la plage, puisque tous les hôtels sont pleins. Et te rendre compte qu'en fait tu dormais sur une fourmillière.

- Vivre en te disant que dormir dans un vrai lit, c'est le grand luxe.

- Vivre sans avoir peur des rencontres que tu pourras faire, sans te dire que la personne qui t'accueille est complètement loufoque (ou flippante, ou bizarre, ou perchée, au choix, ou tout ça à la fois). Et, te dire, en partant, que t'aurais peut être quand même dû faire un peu gaffe.

- Vivre en faisant des choses que tu n'aurais jamais imaginé faire (et qui te feront mourir de rire pendant quelques semaines en y repensant.)

- Vivre sans faire de plans, puisque de toute façon, les plans, ça change tout le temps.

- Vivre en apprenant la solidarité qui existe entre voyageurs, sur la route. Et finalement rire malgré toutes les galères mécaniques que tu peux expérimenter.

- Vivre en apprenant à devenir expert en lieux pour te garer dans les villes (petites et grandes), sans avoir la mauvaise surprise du ranger qui vient te réveiller le lendemain matin parce que c'est interdit de squatter ici.

- Vivre, du coup, en te sentant partout chez toi.

- Vivre en économisant chaque sous, en faisant le plein d'essence le jeudi parce que 3 centimes moins cher que le vendredi, en mangeant des pâtes au minimum une fois par jour, en ne se payant le luxe (=toilettes, douches chaudes, électricité) du camping que quand c'est vital (c'est à dire presque jamais).

- Vivre en relativisant pour tout.

 

 

Et finalement, tu te dis qu'on se complique bien la vie à voyager... mais que ça vaut bien la peine !

 

Naëlle

Par Isabelle et Naëlle
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Jeudi 30 septembre 2010 4 30 /09 /Sep /2010 11:53

IMGP9727- Naëlle -

 

Aller hop, vite un « p'tit » texte en direct de Bangkok où je suis arrivée vendredi soir, dans un état de fatigue assez avancé!

Il y a un peu plus de deux semaines, nous quittions Perth et l'Australie avec Isabelle. Direction Denpasar, la capitale de Bali. Arrivées à minuit passé, nous sommes parties en taxi vers Kuta, là où il y a une multitude d'hébergements. Et dès les premières minutes, nous avons dû exercer nos talents de négociatrices pour ne pas nous faire (trop) arnaquer.

 

Shorts et tongues, le retour

 

Vers 2 h du matin, nous avions enfin un hôtel, dans la ville toujours très agitée de Kuta. De Perth à Bali, nous avions aussi gagné de nombreux degrés, et nous avons pu, à nouveau, remettre nos pantalons au fond de nos sacs. Le lendemain, nous avons déjà quitté la ville, direction Ubud, au centre de l'île.

C'est là que nous avons loué notre premier scooter, et qu'Isabelle s'est rodée (très vite) à la conduite à la Balinaise... Nous avons alors roulé jusqu'au volcan de Gunung Agung en nous perdant de temps en temps dans de petits villages, au milieu de magnifiques rizières.

Le lendemain, nous sommes restées dans notre charmant hôtel d'Ubud (on n'était plus habituées à tant de luxe, après les douches à l'eau froide ou au seau et les nuits passées en tente – exceptée la parenthèse du bateau!), direction le sanctuaire de Monkey Forest, où d'innombrables macaques se baladent, se battent et se cherchent les poux au milieu de temples.

 

Le charme du scooter sous la pluie

 

Ensuite, quoi d'autre... tout se mélange déjà à force de trop bouger! Ah oui, nous sommes parties en bus vers la côte, dans la petite ville balnéaire et très sympa de Paddangbay. Là encore, l'idéal était de louer un scooter, pour explorer les environs, et notamment faire le tour d'une montagne via des petites (voire très petites) routes qui longent la mer, en passant dans de minuscules villages.

Manque de chance, comme tous les soirs pendant que nous étions à Bali, il s'est mis à pleuvoir... et rouler en scooter sous la pluie battante, en passant dans les flaques, ce n'est pas ce qu'on fait de plus agréable... heureusement, une bonne douche froide nous attendait en rentrant! Mais bon, on s'est consolées avec les très bons plats locaux pour quasi rien. Nouvelle journée, et nouveaux temples. Ceux de Pura Besakih cette fois, un très beau complexe constitué de 23 temples.

Malheureusement, comme presque partout à Bali, pour accéder à toutes les parties des temples, il faut payer des guides. Et, sans cesse, on vous demande d'acheter ci, ou ça, ou de monter sur tel scooter ou dans tel taxi. Usant à la longue!

 

En route pour Java

 

Ensuite, retour à Denpasar, dans un quartier très très busy. C'est là que je devais prendre mon bus pour quitter Bali, direction l'île de Java, à l'Ouest. Isabelle, quant à elle, optait pour Singapour, et la Malaisie. J'ai donc quitté Denpasar vers 19 h le lundi, dans un beau bus de luxe, avec la clim et tout! Très bien, sauf que bien sûr impossible de dormir, pour cause de coups de frein réguliers et brusques du chauffeur lors de dépassements dignes d'un pilote sur un circuit de Formule 1.

Vers 2 h du matin, je suis arrivée à Probolinggo. Le bus m'a déposée devant une agence qui organisait des tours pour monter au volcan qui était en fait la raison principale pour laquelle je voulais venir sur l'île de Java. J'ai donc signé, et je me suis retrouvée à jouer aux cartes avec deux Allemandes et un groupe d'Indonésiens jusqu'à 3h30 du matin.

C'est à ce moment qu'un mini bus très typique et très déglingué est venu nous chercher, pour nous emmener dans le village au pied du volcan. Sur le trajet, nous sommes passées devant de nombreuses mosquées, avec l'appel des muezzins en continu dans les haut-parleurs.

A cette heure, on aurait dit que toute la ville était déjà réveillée. Moi je n'avais pas encore dormi, mais l'impatience de voir ce fameux volcan me tenait éveillée. Alors que nous étions toujours dans le bus, les premières lueurs du jour sont apparues. Or, nous devions arriver en haut juste pour le lever du soleil. Le chauffeur est alors passé à la vitesse supérieure, et tout le monde s'est accroché à son siège!

 

Majestueux Bromo

 

Vers 4 h 30, nous sommes descendues du bus, et avons marché. Pas après pas, la vue devenait de plus en plus belle. Et arrivées en haut, c'était tout simplement à couper le souffle. Peut-être le plus beau paysage que j'avais jamais vu. Avec le Mont Amos, dans le Freycinet National park en Tasmanie, quand même!

En face de nous, le volcan (qui culmine à 2 392 m d'altitude), toujours en activité, crachait sa fumée, et les sommets des montagnes et autres volcans environnants émergeaient tout juste d'un tapis de nuages. La lumière, du rose, est passée au jaune, et peu à peu les nuages se sont propagés, nous laissant devant l'étendue désertique de la caldéira du Trengger. Un vrai paysage lunaire (voir les photos de l'album « Indonésie »)!

On m'avait dit que ce volcan était superbe, mais j'étais loin de m'attendre à ça! Nous sommes ensuite redescendues marcher dans la plaine, pour monter ensuite voir les volutes de fumées qui s'échappaient du cratère de 800 m de diamètre. Vers 9 h 30, après toute cette marche (et toutes ces marches), nous avons rejoint le mini bus, pour redescendre en ville. A midi, je pouvais enfin dormir!

 

L'art de manger avec les mains

 

Le soir, des Indonésiens qui travaillaient à l'hôtel m'ont invité à venir dans leur famille prendre l'apéro (de l'arak fait maison...). Puis nous sommes allés dans un mini resto dans la rue où on s'asseoit sur un tapis. Et là, j'ai fait semblant de maîtriser de longue date la technique du « manger du poulet grillé et du riz avec les doigts ». Bon apparemment ça allait, j'en ai pas trop mis partout.

Le lendemain, c'était déjà l'heure de quitter Probolinggo... malheureusement, vu que j'avais pris mon billet d'avion pour quitter l'Indonésie à la dernière minute, à Perth (il faut obligatoirement avoir un billet de sortie du territoire quand on entre en Indonésie), je m'étais dit : tiens, pourquoi ne pas prendre le retour à partir de Jakarta... bonne idée!

J'avais ainsi seuement quatre jours, en comptant le temps passé à Probolinggo, pour cette traversée. Je n'ai donc pas pu aller voir un autre volcan magnifique aussi paraît-il (et très demandé par les Français en ce moment, m'a expliqué le guide, puisqu'il y a eu un reportage télé dessus récemment).

Ce sera donc pour une prochaine fois, parce que, c'est sûr, je reviendrais en Indonésie avec un peu plus de temps à Java, et aussi pour visiter l'île de Sumatra.

 

25 heures de bus et deux pannes plus tard...

 

Le lendemain matin, à 11 h, je suis donc partie en bus. Je voulais prendre le train, mais apparemment ils étaient tous bondés, pour cause de retour de Lebaran. A la fin du Ramadan (88 % des Indonésiens sont musulmans. Et sur un pays de 260 millions d'habitants, ça fait du monde !), de très nombreux Indonésiens fêtent le Lebaran dans leur ville ou village d'origine.

Et c'est là qu'a débuté le voyage le plus éprouvant de ma vie. Malheureusement, le bus était aussi plein à craqué. J'ai donc fini sur un siège de deux personnes, où on était entassés à trois... Mais là, ce n'était que le début, donc ça allait encore. Vers 19 h, ça commençait déjà à être bien long, lorsque le bus s'est arrêté, au beau milieu de nulle part (j'ai cru revivre les galères de van). Au début, personne n'a trop compris ce qu'il se passait, et moi encore moins (bien sûr, personne ne parlait anglais, et mon indonésien étant à peu près limité au mot « étoile »- bintang, le nom de la bière locale, je n'allais pas aller très loin).

En fait, on était tombé en panne : le levier de vitesse venait de lâcher (tiens tiens, comme le van. En tant que spécialiste forcée de mécanique et de pannes en tous genres, j'aurais peut-être pu les aider!). Tout le monde est donc descendu... et personne n'a exprimé la moindre impatience. Impressionnant!

Une petite demi-heure plus tard, un autre bus de la même compagnie s'est arrêté. Il était plein, mais pas grave, la moitié de notre bus est montée dedans, et moi aussi (ça c'est sympa). Sauf que bien sûr il n'y avait plus de places. On m'a donc fait m'asseoir sur mon sac, collée au pare-brise, avec une vue panoramique sur la route... ce qui n'est pas la meilleure vue dont on puisse rêver, vue la conduite locale.

Le chauffeur avait du temps à rattraper, je n'avais plus qu'à m'accrocher à mon sac. Sa technique : rouler sur la partie droite de la route pour doubler (ici, normalement, on roule à gauche), jusqu'à ce qu'une voiture arrive en face. Qu'il y ait des virages ou pas, c'est pareil. Et si c'était un scooter, il n'avait qu'à se ranger sur la chaussée! Mais bizarrement, cette conduite semble tellement maîtrisée que j'ai rarement eu peur. Ce n'est pas pour autant que j'ai réussi à dormir!

Puis deuxième arrêt. Panne de batterie, cette fois (le retour du van, encore). Arrrrrrrgh!

Après quelques bricolages et plusieurs heures de retard, le chauffeur a réussi à nous emmener au ralenti jusqu'à la gare routière de Cerebon, la ville où je devais changer de bus. Il était déjà presque 7 h du matin.

 

Saturation totale

 

Et arrivée là, c'était encore un joyeux bordel! Il fallait que je trouve un bus pour m'emmener jusqu'à Jakarta, et le plus rapidement possible, parce que j'étais proche de la saturation! Heureusement (quoique!), un des passagers du bus est venu me montrer celui qui allait à Jakarta. « Very cheap », m'a-t-il annoncé, tout content.

C'est vrai, ça revenait à tout juste un peu plus de 3 euros pour environ 300 km. Mais alors niveau confort, on était tombé au plus bas. Comme il était 7 h du matin et que c'était ma deuxième nuit blanche en trois jours, je me suis dit qu'il était grand temps que je tente de dormir. Et c'est là que le chauffeur a eu la bonne idée de mettre de la techno indonésienne à plein volume... sous oublier le bruit du moteur, du klaxon, et de la rue. Puisque pour cause d'abscence de clim, la seule solution pour respirer était de laisser toutes les portes ouvertes. Tant mieux finalement, parce que dans ce bus tout le monde fumait!

Autre surprise : ce n'était pas un bus express. On s'est donc arrêté dans tous les villages de la région. C'était, comment dire... dépaysant! J'avais même une voisine très sympa. Enfin elle en avait tout l'air, vu que je ne comprenais pas ce qu'elle me disait mais qu'elle me racontait quand même sa vie en Indonésien. J'aurais juste juste pu placé le mot « bintang » une ou deux fois, histoire de, mais ça aurait sûrement paru un peu bizarre. Elle m'a fait goûter à toutes sortes de fruits qu'elle avait dans son sac, dont de la mangue au piment, franchement pas mal du tout!

Dès que le bus passait dans un village, le co-pilote sortait la tête et hurlait, le chauffeur freinait, et ceux qui voulait monter sautaient à bord. Des vendeurs ambulants montaient aussi régulièrement, pour proposer à boire, ou des fruits, ou même des noodles. Et redescendaient ensuite, toujours sans que le bus ne s'arrête (mais heureusement, sinon je crois que j'y serais encore!). 25 heures plus tard, je suis enfin arrivée à Jakarta, avec les jambes très bizarrement enflées puisque je n'avais pas assez marché. La classe!

Je crois que je me rappellerais très longtemps de ce voyage. Après avoir enfin pu dormir, j'en garde finalement un souvenir très amusant... peut être aussi parce que je faisais partie des chanceuses qui avaient une place assise, parce que certains ont passé les six heures de trajet debout dans le dernier bus, en tentant de ne pas tomber lors d'un de coups de frein brusques du chauffeur. Je ne sais même pas comment c'est possible, mais il y en avait qui dormaient comme ça, debout. Là, ça aurait été un peu trop pour moi.

Et c'est là que je suis donc arrivée dans ce nuage de pollution qu'est Jakarta, pour un peu de repos bien mérité. Je m'était dégoté une sorte de backpacker à l'Australienne, dans une tour immense au milieu des centres commerciaux super modernes de Jakarta.

 

Au port de Jakarta...

 

Le lendemain, histoire de voir un peu la ville, je suis partie sur le port. Là, j'ai trouvé un super guide qui parlait très bien anglais et connaissait le quartier comme sa poche. Il m'a emmené sur les bateaux en bois (qui partent sans assurance, tout comme les employés. Si ça coule, tant pis!). De vraies épaves qui flottent sur une eau ultra polluée.

Les cales de la plupart de ces bateaux sont remplies de sacs de ciment de 50 kg. Pour les monter à bord, les employés transportent les sacs sur leur tête toute la journée, et font ainsi des va et vient incessants dans des nuages de poussière. La plupart des bateaux partent ensuite vers l'île de Sumatra.

La mer autour, avec ses couches d'huile, ne donne pas la moindre envie de se baigner. Pourtant, ça fait office de piscine municipale pour les enfants du quartier. Nous sommes ensuite montés sur une petite barque pour passer entre les gros bateaux et atteindre l'autre côté de la rive. Là où, selon les dernières estimations, 10 000 personnes vivent entassées dans de minuscules baraques en taule.

Ce sont les maisons des pêcheurs, qui vivent ici dans la plus grande pauvreté. Et quand l'eau monte un peu trop (ce qui arrive fréquemment), c'est tout le quartier qui est inondé.

 

Marché aux poissons ou marché aux odeurs

 

Au milieu de toutes ces baraques trône le marché aux poissons. Tous les matins, les pêcheurs viennent vendre leur pêche dans ce bâtiment qui date de l'époque où l'Indonésie était une colonie hollandaise. A l'intérieur, même si le marché était fini, l'odeur était insupportable.

Nous sommes ensuite passés dans le Chinatown, puis dans le vieux quartier hollandais, avec de beaux monuments aujourd'hui restaurés et protégés depuis l'arrivée au pouvoir de l'actuel président. Au milieu du quartier, les Hollandais avaient même creuvé un canal, sauf qu'à la différence d'Amsterdam, le long des rives ce ne sont pas les vélos qui fourmillent mais bien les scooters, comme partout en Indonésie.

 

396 jours plus tard...

 

Voilà, ça c'était l'Indonésie. A Jakarta, j'ai ensuite pris l'avion pour passer quelques jours à Bangkok. Puis direction Hanoï, au Vietnam. Complètement différent, ici il n'y a plus aucun building, on dirait que ce n'est plus la même Asie.

Demain soir, je prends un train de nuit pour aller faire un trek de trois jours dans les montagnes et petits villages du nord du pays. Ensuite, je compte bien visiter la fameuse baie d'Halong.

Puis retour à Bangkok le 7 octobre, pour... surprise (même si tout le monde le sait déjà) attendre mon avion de retour au pays. Et ce sera la fin des vacances à durée indéterminée, puisque j'atterri à Paris le 13 octobre, après 396 jours de voyage!

A bientôt, donc!

  Naëlle

 

PS : j'ai enfin pu mettre en ligne des albums photos qui traînaient, notamment l'album du festival aborigène Garma, l'album « Derniers road trips », l'album « Boat trip », et celui sur l'Indonésie. J'espère juste que la qualité ne sera pas trop mauvaise, car j'ai réduit au maximum le poids de sphoto pour que ce soit un peu plus rapide... Allez donc voir!

Par Isabelle et Naëlle
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Mardi 14 septembre 2010 2 14 /09 /Sep /2010 03:18

australia-mapbis

 

- Naëlle -

 

Voilà, c'est fait. Depuis dimanche, je suis de retour à Perth, un an plus tard. Ce soir, l'Australie, c'est fini. En une année, j'aurais atteint mon objectif : faire le tour complet de l'Australie sans couper en prenant l'avion. Tout n'aura pas été fait en van comme prévu : il y aura aussi eu une partie en train (1 500 km), en 4X4, et... en bateau!

C'est sur l'eau, donc, que j'aurais redescendu une grande partie de la très longue côte ouest. Il y a trois semaines, Perrine et moi avons embarqué sur l'Eco Abrolhos, un bateau de croisière de 36 mètres. En échange de quelques menus services (avec beaucoup de modération!), Jay et son équipe de huit Australiens nous ont fait une petite place sur le bateau. A bord, il y avait donc nous deux, Cathy, une Anglaise avec qui on « travaillait », et l'équipe du bateau. Personne d'autre sur ces quatre étages!

Avant, le bateau naviguait dans les Whitsundays. Pour les plus belles chambres, il fallait payer 2 000 dollars pour deux nuits. Il faut dire que certaines sont vraiment magnifiques. Maintenant, ils le ramènent à Geraldton, la ville d'origine d'une partie de l'équipe, et le préparent pour accueillir des travailleurs des mines de Dampier, qui vivront sur le bateau.

Le deal, c'était donc d'aider à nettoyer les chambres, faire les lits, la vaisselle, et quelques autres bricoles, de temps en temps... tout cela contre le logement, la nourriture (toujours délicieuse), et la redescente de la côte gratos et tout confort, comme le home cinéma avec un choix incroyable de DVD.

Autant dire que nous avons été énormément gagnantes, et que nous avons terminé notre périple d'une façon que nous étions bien loin d'imaginer! Encore une fois, il ne faut jamais faire de plans en Australie : ça se termine toujours d'une façon totalement différente.

 

Plus de 20 000 litres de fuel

 

Le soir où nous nous sommes installées dans le bateau à Darwin, une « petite » réception était donnée, pour un anniversaire. Tout le monde a donc embarqué, et nous avons goûté pour la première fois à aux superbes plats de Jay, avec en prime un concert privé! Ca commençait bien...

Une fois le plein (plus de 20 000 litres) et toutes les courses faites (et ce n'est pas une mince affaire!), nous avons enfin quitté Darwin.

Direction le Western Australia. Le premier arrêt aura été dans le Kimberley, une région magnifique mais assez inaccessible. Pour y aller, il faut impérativement avoir un 4X4. Ou, encore mieux, un bateau! Nous avons donc jeté l'ancre à King River. Le soir, au coucher du soleil, nous sommes partis en zodiac poser des casiers de crabes dans les mangroves où se cachent des crocodiles et avons assisté à un superbe coucher de soleil.

Le lendemain matin, nous sommes repartis en zodiac, direction les gorges, et les cascades. Nous étions six dans ce territoire rouge et immaculé, avec absolument rien autour, et bien sûr pas un seul touriste. Le spectacle n'était rien que pour nous... ce qui change des parcs nationaux bondés que nous avons visités ces derniers mois sur la côte est et dans le Northern Territory. Nous aurions bien nagé dans ces eaux transparentes, mais des méduses énormes nous guettaient du fond de l'eau... donc non merci! Pour nous consoler, nous avons avancé le zodiac juste sous les cascades, pour une baignade bien rafraîchissante.

 

Ca tangue!

 

Ensuite, retour au bateau, pour plusieurs jours de mer, avec cap sur Broome. Là, nous sommes descendus en ville. Tellement habitués à tanguer après ces plusieurs jours sur un océan parfois bien agité, tout tournait... et nous avions le mal de terre. Etrange impression! Nous prenons d'ailleurs bien vite nos habitudes sur ce bateau, puisque lorsque le zodiac nous a déposé sur la plage de Broome, je suis partie pieds nus, sans mes tongues... c'est malin, obligée de me promener en ville sans chaussures sur le bitume brûlant!

Le tour de la ville aura été rapide... Puis retour sur le bateau. Nous sommes ensuite descendus dans deux villes, Dampier et Exmouth, rien d'exceptionnel. Et là, attention, nous avons pu dépenser nos premiers et derniers dollars depuis Darwin! 20 dollars en hamburger, après plus de 4 000 km parcourus.

C'était vraiment histoire de dépenser quelque chose, parce que ce que nous mangions sur le bateau était tellement meilleur... presque tous les jours, nous avons eu le droit à du poisson fraîchement pêché par nos Australiens préférés.

Nous avons donc goûté au thon (cuit ou cru, délicieux), aux crevettes, à l'empereur, au calamar, au requin... et même au homard, puisque nous étions avec plusieurs pêcheurs de homard (des fous de la pêche, capable d'arrêter le bateau à six heure du matin et de tous courir sur le pont pour attraper leurs cannes à pêche!). Un vrai régal. Je me suis même mise à la pêche en mer, et fait, un soir, quelques belles prises (bon, ok, ce soir là tout le monde pêchait tellement qu'ils étaient obligés de relâcher les trois quarts des poissons pour ne garder que les plus gros!).

 

Baleines et dauphins

 

Mais tous les poissons n'ont pas fini dans notre assiette : tous les jours, nous croisions des dizaines de baleines, et les soirs où le bateau s'arrêtait, les dauphins venaient nous rendre visite. Un spectacle inoubliable!

Au départ, Perrine et moi avions prévu de descendre à Broome, ou à Exmouth. Mais finalement nous sommes restées à bord jusqu'à Geraldton, le port d'attache du bateau, à 400 km de Perth. Nous en avons profiter pour faire notre dernier road trip, en trois jours. Nous sommes donc remontées vers le nord, pour visiter le magnifique parc national de Kalbarri, et Shark Bay. Nous en sommes revenus avec des couleurs plein la tête, entr le rouge des rochers, le jaunes-orange-ocre du sable, et tous les dégradés de bleus possible de la mer. Décidément, la côte ouest l'emporte vraiment sur la côte est! Et bizarrement, il n'y a presque personne... mais on ne va pas s'en plaindre!

 

Direction Bali

 

En trois semaines, nous avons donc vaincu le mal de mer (surtout le dernier soir, impossible de dormir tellement la mer était agitée), assisté à la migration des baleines, vu des coins d'Australie que les backpackers ne voient normalement pas, et surtout rencontré des gens qui nous ont montré que les Australiens ne sont pas que des gros buveurs de bière, qu'ils sont avant tout d'une générosité extrême. Et c'est donc avec un gros gros pincement au coeur que je me prépare à quitter ce pays continent, direction Bali.

 

PS : je tente de mettre les albums photos à jour, mais la connexion n'étant pas très rapide, ça viendra peut-être plus tard. J'essaie notamment de finir de télécharger les photos du festival Garma et de mettre celles du bateau (croisière Darwin-Geraldton).

 

En quelques chiffres, l'Australie, ça aura été :

 

-         33 500 : les km parcourus sur terre

-         4 000 (et plus) : les km en bateau (sans compter les navettes entre les îles, notamment dans le Queensland et pour aller en Tasmanie).

-         Douze : les mois de voyage.

-         Quatre : les mois de travail.

-         Un : accident sur la route.

-         12 000 (ou plus) : photos prises (bon, ok, beaucoup sont à effacer).

-         Huit : Etats et Territoires visités (sur huit).

-         0 : les habits non troués ou tâchés qui me restent.

 

Et surtout beaucoup de choses non calculables :

-         le nombre de kilos de pâtes achetés

-         le nombre de personnes rencontrées

-         le nombre de kangourous croisés morts sur la route

-         le nombre de parcs nationaux visités, et surtout le nombre de cascades

Par Isabelle et Naëlle
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Lundi 23 août 2010 1 23 /08 /Août /2010 09:02

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 Naëlle -

 

Un... deux... trois... Prêt? C'est parti pour un très long texte!

 

Me voilà tout juste rentrée d'une de mes plus belles expériences australiennes, et certainement celle qui sortira le plus des sentiers touristiques. Pendant cinq jours, j'ai participé au Garma, l'un des plus grands festival aborigènes d'Australie. Celui qui, paraît-il, a le plus d'influence. Pour les Yolgnu, les habitants de la région du nord-est de la Terre d'Arhnem, là où se déroulait le festival, le « Garma » est un moment où des personnes (ici les Yolgnu et les Balandas, les non-aborigènes) avec diverses idées et origines se rencontrent et échangent avec respect sur la connaissance et la culture.

Pour y aller, il m'a suffit d'envoyer une demande pour être bénévole, et de trouver un lift pour arriver près de Nhulunbuy, sur ce territoire complètement isolé qu'est la Terre d'Arnhem, dans la péninsule de Gove.

 

Un pays dans le pays

 

En une dizaine de jours passés en terre d'Arnhem, j'aurais plus appris sur les Aborigènes qu'en onze mois d'Australie.

Ce sera donc en toute fin de voyage que j'aurais enfin un peu plus réussi à comprendre pourquoi on voit toujours les « Black Fellas », comme on les appelle ici, dans un tel désoeuvrement dans les villes australiennes. Pourquoi ils ont toujours l'air si malheureux, si déconnectés de la vie à l'occidentale. Merci Garma, merci donc à ce festival, même si tout n'était pas parfait... Le principal problème restera sûrement son inaccessibilité, et son prix pour les participants non bénévoles. De 1 000 à 3 000 dollars pour cinq jours. Mais y assister en tant que bénévole est assez simple, et totalement gratuit.

Pour y venir, il faut rouler plus de 1 000 km à partir de Darwin. Sur de la « gravel road », des pistes en terre qui peuvent être dangereuses. Il faut aussi se procurer un permis pour rentrer sur ce territoire aborigène. Comme un pays dans le pays. Ce qui permet aux clans de préserver un minimum leur culture et leur mode de vie. Même si les Australiens ont bien sûr réussi à négocier pour installer une mine de bauxite sur le territoire.

 

Grosse frayeur sur la route

 

Nous sommes donc partis de Darwin à cinq, avec la voiture d'un Portugais et d'une Australienne qui vivent ici. Un bon gros 4X4, bien costaud.

Seul problème : pour économiser un peu d'essence, nous ne mettions pas la clim. Nous roulions donc fenêtres ouvertes, à 90-100 km/h sur ces pistes. A chaque croisement avec une autre voiture, le but du jeu est de remonter les fenêtres rapidement, afin de ne pas être asphyxiés par la poussière qui accompagne les voitures sur ces routes. Sauf qu'en remontant sa fenêtre, Joao, le conducteur, a perdu le contrôle de la voiture. A cet endroit, la route était en sable et glissante. Nous avons dons quitté la piste, et roulé à toute vitesse dans le décors, droit sur un arbre. Grosse, grosse frayeur. Nous avons tous fermé les yeux, et attendu... Et rien. La voiture a déraciné l'arbre, qui est retombé sur le toit, et a continué à rouler! Avec le choc, nous pensions que le 4X4 allait ensuite se retourner, et mentalement, nous disions déjà tous adieu au festival.

Mais Joao a réussi à redresser le véhicule, et à l'arrêter. Pendant quelques secondes, personne n'a rien dit, choqué. Tout le monde allait bien, pas de blessés. Et, le plus surprenant : la voiture n'a presque rien eu. Juste les phares et une partie du pare-brise cassés, le toit un peu écrasé par l'arbre. Une fois remis de nos émotions, nous avons pu continuer à rouler. Et arriver enfin au festival, après deux jours de route, une nuit de campement dans le bush avec les chevaux sauvages étonnés de voir nos tentes plantées sur leur territoire, et la traversée d'une rivière impressionnante.

 

1 000 km plus loin...

 

Nous étions donc arrivés à Gulkula, sur le site du festival, quasiment à la pointe de la terre d'Arnhem, près de la petite ville de Nhulunbuy (4 000 habitants). C'est là où se déroulaient certaines cérémonies funéraires, et là où les ancêtres ont apporté le yidaki (didjeridu). Un endroit donc très symbolique pour les Yolgnu.

Pour notre premier jour, comme nous sommes finalement arrivés assez tard, nous avons pu assister à la cérémonie d'ouverture et n'avons pas eu à travailler. Super! Nous avons quand même appris notre rôle pendant le festival : je serais dans l'équipe des « Dunny Busters », l'équivalent australien des « récureurs de chiottes ». Cool, ça faisait longtemps!

Avant d'attaquer nos corvées du lendemain, nous avons bien profité des premières cérémonies, des danses des clans venus principalement de la région où le festival se déroule, le nord est de la terre d'Arnhem donc ; de la région d'Uluru ; mais aussi d'autres Etats d'Australie. Habillés en tenues traditionnelles pour certains, en maillot de foot pour d'autres.

Nous avons donc pu assister aux danses traditionnelles, accompagnées parfois de chants (Manikay), toujours de didgeridu (appelé ici Yidaki, le plus ancien instrument du monde) et de « clap sticks » (Bilma), des bâtonnets de bois qui donnent le rythme. Il n'y a pas d'âge pour participer aux danses. Les plus vieux comme ceux qui savent à peine marcher sont de la partie. Tous les jours, à partir de 17h, tout le monde se rassemblait donc en demi-cercle pour assister aux shows, appelés « Bathala Bunggul », jusqu'au coucher du soleil (voir l'album les prrmières photos de l'album Garma Festival. L reste viendra plus tard, trop long à télécharger!).

Le plus drôle était quand les groupes se lâchaient, au fur à et à mesure, et quand d'autres clans venaient se mêler aux danses d'un groupe. C'est tellement triste à dire, mais c'était la première fois que je voyais des Aborigènes rire.

 

Concerts, films, discussions

 

Le soir, après les repas, c'était l'heure des concerts. Il y avait de tout. Des groupes de rap des jeunes du coin, au groupe de « bush reggae », génial : des vieux Aborigènes qui reprenaient des airs de reggae avec des instruments traditionnels. D'autres soirs, nous avons choisi d'assister aux films. Je me souviendrais particulièrement de deux : « Brand nue dae », un film sorti l'année dernière, à petit budget, mais tellement drôle. Ernie Dingo, l'un des acteurs principaux du film, a joué l'Aborigène dans les films « Crocodile Dundee ». Très charismatique, omniprésent pendant le festival et toujours entouré de plein d'admirateurs, il s'est régalé à raconter le tournage du film et à chanter en jouant de la guitare. Vraiment sympa!

Un autre film marquant, un documentaire cette fois, était « Our generation » (site internet : www.ourgeneration.org.au). Alors qu'il n'est pas encore sorti en DVD, sa diffusion aura été un moment inoubliable. Pas très drôle, mais fort. Beaucoup d'Aborigènes ont pleuré en le voyant. Certains sont ensuite intervenus pour exprimer leur colère. Dans le film, les réalisateurs dénoncent la politique menée par les Blancs contre les Aborigènes, aujourd'hui encore. Et notamment l'interventionisme mené par les dirigeants politiques dans les communautés, les « plaçant sous un contrôle gouvernemental systématique ».

Absolument pas neutres, les réalisateurs n'hésitent pas à prendre parti. Tourné en grande partie chez les Yolnu, en terre d'Arhnem, le film dénonce des aberrations. Comme les promesses faites par le gouvernement si les clans consentent à laisser une partie de leurs terres pour l'exploitation de mines, par exemple : les communautés qui acceptent auront de nouvelles maisons, les autres non. On voit donc des familles de trente personnes qui s'entassent dans une seule maison, et vivent dans une misère qui devrait être inimaginable dans un pays dit occidental. Les promesses des gouvernements successifs, de droite comme de gauche, restent donc presque toujours du baratin.

Le Garma de cette année aura aussi été particulier puisque les élections ont lieu en ce moment. Un nouveau premier ministre sera élu. La ministre de la santé et des affaires aborigènes (du labour party, de gauche), est donc venue au festival pour un discours purement électoraliste, promettant des millions de dollars pour les communautés aborigènes, pour la construction de maisons, si « vous votez pour nous ».

 

« Regarder vers le futur »

 

Le reste de la journée, nous pouvions assister aux forums de discussion. Cette année, le thème principal du festival était l'éducation et la formation avec comme slogan « Regarder vers le futur ». Comme le décrivait un leader aborigène, Galarrwuy Yunupingu, « ces mots parlent de notre détermination à donner à nos vies un futur qui est aussi fort et beau que notre passé. Nous savons que la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement est mauvaise. Nous vivons toujours sur nos terres, parlons notre propre language, suivons nos lois, mais nous nous retrouvons classés comme citoyens de deuxième ou troisième rang. Mais nous ne sommes pas défaitistes. Nous regardons vers le futur. [...] Nous sommes déterminés à le construire. Mais pour y arriver, nous devons nous préparer, nous discipliner, nous former, et croire en nous. Nous vous demandons de participer à ce voyage. Pas seulement par votre participation à ce merveilleux événement qu'est le festival Garma, mais en l'utilisant comme un point de départ pour une meilleure compréhension et tolérance. »

 

Les Aborigènes vivent en Australie depuis plus de 50 000 ans. Aujourd'hui, leur culture est la plus ancienne culture vivante au monde. Mais elle est aujourd'hui en péril.

 

Le festival est organisé par la Yothu Yindi Foundation, une organisation aborigène créée par cinq communautés Yolngu. Sa mission est que les Yolngu et les autres communautés aborigènes d'Australie aient le même niveau de vie et les mêmes opportunités que les Australiens non-indigènes. La fondation a trois buts majeurs : la préservation des connaissances traditionnelles, des cultures et des pratiques ; la création d'opportunités économiques pour les Yolngu à travers l'éducation, la formation et l'emploi ; le partage de la culture et des connaissances, afin de permettre une meilleur compréhension entre les indigènes et les non-indigènes d'Australie.

Tous les revenus de la fondation (comme les revenus du festival), sont reversés aux programmes sociaux, culturels et économiques des communautés.

 

Entre guillemets

 

Pour faire encore plus long (oui, je sais, mais il y a beaucoup de choses à dire sur ce sujet, et beaucoup à comprendre!), voici quelques citations d'Aborigènes entendues pendant le festival, ou extraites du livre-photo de Penny Tweedie, « Spirit of Arnhem Land » (ce sont mes propres traductions, donc j'espère que ce sera assez clair!).

 

« Vous les Balandas (les non-Aborigènes), quand vous quitterez le festival et rentrerez chez nous, ne nous oubliez pas. Nous devons nous battre ensemble. Pour nos droits, pour notre culture. Parfois, nous avons peur d'oublier notre culture, notre langue. »

 

« Les habitants de la Terre d'Arnhem, héritiers d'une culture de 50 000 ans (la culture, l'art et les traditions les plus anciennes du monde), se battent pour maintenir leurs pratiques et croyances traditionnelles. Les peuples qui vivent ici font partie de plus de 100 clans aborigènes, parlent plus de 60 langues différentes. »

 

« Aujourd'hui, nous, peuple aborigène de la Terre d'Arnhem, sommes responsables de notre terre. Nous contrôlons notre futur et notre destinée, comme nous l'avons fait pendant des milliers d'années avant que les Européens ne viennent. Mais tout ne s'est pas toujours passé comme cela. Depuis l'arrivée des premiers étrangers, nous peuple aborigène avons eu à nous battre pour notre survie, pour notre culture, pour nos droits. »

 

« Bien que cette terre ait été l'une des premières colonisées par les Européens, la Terre d'Arnhem a été un endroit où les Aborigènes ont vécu en étant relativement peu dérangés, ceci jusqu'au milieu du 20e siècle.

La Terre d'Arnhem, en raison de son grand isolement, est restée assez protégée de l'influence européenne et de son impact très souvent dévastateur pour les peuples aborigènes. En Terre d'Arnhem, les rites et les croyances, les modes de vie qui permettaient aux Aborigènes de survivre sur ce continent, sont toujours présents après 50 000 ans. »

 

« La découverte de minéraux en Terre d'Arnhem dans les années 1950 a été une nouvelle menace pour les peuples. Bien que la Terre d'Arnhem était reconnue comme réserve aborigène, la couronne britannique a retenu les droits sur le minéral. En 1963, quand le gouvernement du Commonwealth a loué 330 km2 de terres tribales situées autour de Yirrkala à la compagnie minière suisse Nabalco, les habitants de Yirrkala ont envoyé une pétition au Parlement avec deux écorces paintes et une inscription en Gumatj : « Rendez-nous notre terre. Si vous prenez notre terre, vous prenez notre âme. »

« Par cet acte, les peuples de Yirrkala ont donné naissance aux luttes pour le droit des terres dans le pays. Nous étions les premiers peuples indigènes à nous lever pour nos droits et à remettre en question la doctrine de terra nullius (doctrine posée lors de l'arrivée des premiers colons, qui ont décrété que l'Australie était une terre inhabitée, et qui donc n'appartenait à personne). Les habitants de Yirrkala sont allés jusqu'à la Cour suprême du Northern Territory. Cela a ouvert le débat pour le droit des terres. Tout au long des années 70, la présence des Blancs niant les droits aborigènes a continué, et un nombre croissant de compagnies minières se sont appropriées les terres d'Arnhem, à la recherche de minéraux. En Terre d'Arnhem, les compagnies ont construit des villes pour des milliers de non-aborigènes. »

« Nous étions face à un nouveau challenge. Vivre avec d'autres lois et d'autres cultures sur nos terres, essayer de nous adapter à cette autre société qu'on nous imposait, tout en tentant de maintenir notre propre culture et nos traditions. »

« Les compagnies et les Blancs ont ignoré les conseils des Aborigènes, envahis leurs terres et endommagé leurs sites sacrés (comme on le voit partout en Australie aujourd'hui encore, et notamment à Uluru, où tous les touristes de base montent sur le rocher sacré, niant ainsi son importance pour les Aborigènes). »

« En 1976, l'acte sur les Droits des Aborigènes sur leurs terres (Northern Territory) a déclaré les peuples de la Terre d'Arnhem propriétaires inaliénables de leurs terres. »

« Durant les années 1980-90, les royalties versées par les compagnies minières aux peuples aborigènes (pour exploiter leurs terres) ont apporté la prospérité. L'arrivée des derniers outils de communication et des hautes technologies a créé un conflit de cultures, notamment parmi la jeune génération. »

« Il y a une perte d'intérêt des jeunes générations (pour les traditions, notamment), que nous devons changer. Nous devons prendre le contrôle de notre destinée. »

« Selon moi, nous devons contrôler les infrastructures, avec l'assistance du gouvernement. Des domaines comme l'éducation, la santé, la formation, l'emploi, doivent être relayés par les Aborigènes. Si nous n'y parvenons pas, nous n'arriverons jamais à nous auto-gouverner. »

« En Terre d'Arnhem, des victoires ont été remportées, pendant que de vieilles batailles sont toujours menées, et que nous sommes face à de nouveaux challenges. »

« La Terre d'Arnhem est toujours un paradis. Elle est toujours dans les mains de ses propriétaires traditionnels. »

« Nous, propriétaires de cette terre, prenons notre futur en mains. Nous devons rester impliqués, nous devons continuer à exercer notre autorité traditionnelle. Nous devons faire plus de choses pour que les deux systèmes (des Aborigènes et des Balandas) travaillent ensemble pour le futur de notre peuple, pour nos enfants et notre culture. Dans d'autres régions d'Australie, la culture a été perdue, mais en raison de notre isolement, nous savons que nous la garderons vivace. Notre terre est notre mère, et les peuples aborigènes doivent se lever et rester vigilants pour la protéger. »

 

PS : une nouvelle exclusive pour ceux qui auront lu le texte jusqu'au bout : je viens d'embarquer sur un bateau de croisière de 36 mètres, quatre étages. Le départ est prévu mardi matin de Darwin, si tout est prêt. Le deal : en échange de quelques travaux dans la journée (ménage, peinture...), nous redescendons gratuitement une partie de la côte ouest. Nous sommes onze personnes à bord (dont Perrine, que j'ai embarquée dans l'aventure). Autant dire que nous avons largement assez de place pour être à l'aise. Et c'est tout confort (ça faisait longtemps!), avec home cinéma, des canapés partout, un salon énorme...

Par Isabelle et Naëlle
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