Partager l'article ! Back from the outback, ou comment resumer pres de 6 000 km de periple ?: - Naëlle - Darwin, l'extrême nord de l'Australie. ...
- Naëlle -
Darwin, l'extrême nord de l'Australie... m'y voilà. Après de très nombreux retournements de situation, beaucoup de fatigue, de gros coups de stress... et finalement énormément de souvenirs.
Nous avons donc quitté Cairns jeudi 8 juillet au matin. Nous, c'est Perrine, Caroline notre liftée, et moi. Sans oublier Pito. Qui nous aura encore joué de beaux tours. Premiers 100 km, nous roulons dans les Tablelands, des montagnes autour de Cairns, et première surprise : le voyant de l'huile se met à clignoter, puis à sonner. Bien sûr, dans une zone où nous n'avons pas de réseau téléphonique. Nous vérifions donc l'huile, tout va bien. Et l'eau... le garagiste de Cairns qui venait de réparer la veille quelques bricoles avait tout simplement oublié d'en remettre!
Nous continuons donc jusqu'au prochain garage, à Atherton. Ils vérifent tout. Aucun problème, le voyant ne sonne plus. Nous reprenons la route, en direction des cascades de Milla-Milla. Et là, le voyant se réveille à nouveau. Direction un nouveau garagiste, qui change toute l'huile, et nous laisse repartir. 24 heures après notre départ de Cairns, nous pouvons enfin commencer le périple.
Alone on the road
Et le voyant se rallume. Alors qu'il n'y a plus aucun signe de vie autour de nous, que nous avons commencé à rouler sur la Savannah Way, une route quasiment désertique. Tant pis, nous décidons de continuer. En augmentant le volume de la musique, pour ne plus entendre ce bip qui rend fou.
Nous roulons une bonne journée, sur cette route difficile où les vaches peuvent traverser à tout moment puisque les champs ne sont pas clôturés, où la partie goudronnée se réduit souvent à une seule voie (le jeu consiste alors à rouler avec les roues gauches sur la terre, et les roues droites sur la route en cas de croisement avec une autre voiture), et où les road trains qui atteignent les 50 mètres de long roulent et doublent comme des fous. Sans oublier les étranges nuages de criquets suicidaires que nous avons traversé plusieurs fois... et qui se jettent sur le pare-brise du van.
Le lendemain, une nouvelle journée de route nous attend. Nous voulons avancer le plus possible. Mais, arrivées dans la minuscule bourgade de Normanton, nous apprenons qu'il n'y a plus que du diesel... et qu'il faut attendre le lendemain matin pour que la seule station approvisionnée en essence ouvre.
Tant pis, nous nous posons là, et prenons notre mal en patience. Ici, comme dans tout le nord de l'Australie, il y a énormément d'Aborigènes. Beaucoup nous demandent de l'argent pour de l'alcool. Avec la somme que leur verse le gouvernement chaque semain, ils ne peuvent pas en acheter. Des cigarettes non plus. L'un d'eux nous raconte que lorsqu'ils ont dépensé tout leur argent (c'est-à-dire très rapidement, puisqu'ils n'économisent pas), ils sont obligés de partir chasser le wallabie, le cochon sauvage, ou pêcher le barramundi. Ce qu'ils appellent le « bush taka ».
L’outback, le vrai
Le dimanche matin, une fois le plein fait, nous reprenons la route. Et emprutons encore des coins bien reculés de l'Australie. Autour d'une des road houses (l'équivalent des stations-services, seul lieu de vie sur des centaines de kilomètres à la ronde) où nous nous arrêtons, nous assistons à un cours de rassemblement de troupeaux. C'est du moins ce que nous avons cru comprendre. Sur le bord de la route, une dizaine d'hommes et de femmes à cheval dirigent des veaux en un cercle, en galopant après les rebels pour les ramener dans le troupeau).
Petit divertissement sur cette route presque toujours droite, sans aucun village à traverser, et juste quelques voitures à croiser. Dans la plupart, ce sont des retraités australiens qui voyagent plusieurs mois de l'année, à la recherche du beau temps et de nouveaux horizons. Beaucoup roulent en 4X4, avec des caravanes toutes plus modernes les unes que les autres. D'autres roulent en camping-car, et se paient le luxe de tracter un 4X4 à l'arrière, avec parfois un bateau au-dessus! Depuis notre départ de Cairns, les vans et les voitures de jeunes voyageurs se font très rares. Beaucoup prennent l'avion pour aller de Cairns à Alice Springs (ou Darwin)... mais cette route nous aura montré l'Australie de l'intérieur (l'outback), là où est le vrai dépaysement. Et ce n'était que le début...
Le lendemain, nous passons la frontière du Northern Territory (le dernier Etat de l'Australie où je n'avais pas encore mis les pieds, qui n'est d'ailleurs pas un Etat à part entière, mais un territoire... mais c'est une autre histoire!). Nous roulons bien avec le bip (en tentant tant bien que mal de faire abstraction de ce bruit), jusqu'à ce que le signal de la batterie s'allume. Et là, on rigole moins. Mais étant donné que le dernier garagiste devait être à 300 km et le prochain à 700, nous ne pouvons pas faire grand chose. Nous avançons donc toujours.
Lorsque le van ralenti... et s'arrête! Au milieu de nulle part. Nous faisons de grands signes aux voitures, qui s'arrêtent. Les premiers poussent sur le van, qui redémarre... puis stope à nouveau 500 mètres plus loin, nous laissant seules. Deuxième voiture : Jim et Laurraine, un couple de vieux australiens qui voyagent en caravane. Bricoleur, il s'y connaît pas mal en mécanique, et est très équipé. Il installe un système qui permet de rouler avec la batterie même si elle est à plat. Nous parcouru 500 mètres avec cet engin, jusqu'à une aire de camping. Toute la soirée, il recharge notre batterie avec une autre machine. En espérant que cela tiennent jusqu'à la prochain road-house, où il devrait y avoir un garage.
Le matin, le moteur redémarre, et nous prenons la route avant tout le monde (nous savions qu'il y avait un décalage horaire d'une demie heure entre le Queensland et le Northern Territory... mais nous nous étions trompées de sens!). Nous roulons donc une bonne heure, espérant atteindre la road house. Raté! Il ne nous reste plus qu'à refaire signe sur le bord de la route. Un habitant du Northern Territory s'arrête, et propose de m'emmener jusqu'à la road house. Arrivée là-bas, j'explique au soi disant garagiste qu'on est en panne de batterie, et que le van est à une quarantaine de km d'ici. Il me dit qu'il peut peut-être faire quelque chose, mais que pour cela il faut qu'on emmène le van jusqu'au garage en dépanneuse... à 4 dollars le km, soit 120 dollars... mais je n'ai pas le choix.
Alors que je m'apprête à dire oui, Caroline arrive. Les vieux australiens les ont retrouvées sur le bord de la route, et Perrine a pu conduire le van jusque-là avec l'installation sur la batterie! Finalement, le garagiste regarde, et en conclu que ce n'est pas un problème de batterie, et qu'il ne peut donc rien faire pour nous... à part nous emmener en dépanneuse jusqu'au prochain garage, à Tennant Creek. Le calcul est rapide : près de 250 km, 1000 dollars... Ca fait mal! Mais nos merveilleux petits vieux sont toujours là. Ils nous prêtent leur installation qui fait marcher la batterie. Et nous poursuivons notre route. Sur près de 210 km.
Et là, on s'arrête à nouveau : c'est le chargeur de batterie qui n'a plus de batterie! Jim et Lorraine, qui nous suivaient pour s'assurer que tout marchait bien, nous rejoignent. Impossible de recharger cette machine. La seule solution : qu'ils nous tractent avec leur 4X4 jusqu'à Tennant Creek. Pour cela, il faut d'abord qu'ils aillent déposer leur caravane au camping, et qu'ils reviennent nous chercher. C'est bon, elle prend le volant que 4X4, et lui celui de Pito. Et nous parcourons 40 km comme cela. Arrivés à Tennant Creek, nous trouvons un garage très typique, qui ressemble à une casse plus qu'à autre chose, et avec un garagiste qui semble sorti tout droit de sa grotte.
Dans la cour, des chèvres grimpent sur les carcasses des voitures, et une vache se balade au beau milieu. Pour lui, le problème vient de l'alternateur. Il le change, et nous pouvons repartir. Sauf que sur la route pour chercher un terrain de camping, le bip se remet à sonner. Totalement démoralisées et épuisées, nous nous arrêtons là pour la journée.
Direction Alice Springs
Le lendemain, retour chez le garagiste, qui nous dit que ce ne doit pas être un gros problème, qu'on peut rouler jusqu'au prochain garage Volkswagen qui n'est pas loin... juste à 500 km, à Alice Springs! Et nous roulons, très bien, avec quelques pauses sur la route, comme les Devils Marbles, des centaines de blocs de granite échoués le long de la route, ou cette road house qui serait le principal centre d'observation des ovnis en Australie! Puis nous arrivons dans une de ces stations-motels-pubs loufoques perdues au milieu de rien. A l'intérieur, les voyageurs laissent un souvenir, accroché au mur, ou que Mickael range dans des boîtes par pays. On trouve une carte postale bretonne, des cartes d'Assedics, des tickets de métro parisien, des cartes d'étudiants...
Nous y laissons aussi quelques souvenirs. Et assistons à une scène étrange : des Aborigènes qui viennent acheter des queues de kangourous congelées! Apparemment c'est un plat typique, mais nous n'avons pas vraiment envie d'y goûter!
Tour (des)organise pour le Red Centre
Le mercredi dans la matinée, après près d'une semaine de route et 2 500 km, nous arrivons enfin à Alice Springs. Et cherchons une quatrième personne pour aller faire le tour entre Uluru, les Olgas et Kings Canyon. Nous trouvons Maxime, qui attendait à Alice Springs depuis quelques jours pour trouver un lift. Et nous nous disons que l'idéal serait peut-être de louer une voiture, pour rouler plus vite, consommer moins, et surtout être sûrs de ne pas tomber en panne! Maxime trouve une cinquième personne motivée.
Et au centre d'information, nous rencontrons deux autres Français qui veulent aussi aller dans ces parcs, sans passer par des tours operators. Dans l'après-midi, nous sommes prêts à partir, et nous avons trouvé une voiture huit places. Quelle rapidité par rapport aux derniers jours!
Sauf que... c'était trop beau : au moment de partir, nous nous rendons compte que la voiture de location, qui est toute neuve, a un pneu creuvé! Nous devons donc attendre le lendemain matin pour partir. Pas grave, on n'est plus à un jour près! Et c'est parti pour une expédition bien drôle de 1600 km. Première étape : Kings Canyon, puis les Olgas (Kata Tjuta national park), coucher et lever de soleil sur Uluru, puis tour du fameux rocher rouge (10 km!). Contrairement à ce que l'on pensait après avoir vu toutes les photos d'Uluru, il est plein de contrastes et de formes différentes.
Heureusement, on était tous les sept dans la même optique devant ce rocher sacré : nous choisissons de ne pas l'escalader, conformément aux souhaits des Aborigènes. Malgré les pancartes, beaucoup de touristes y grimpent. Et les tours operators ne les freinent pas.
Nouvelle residence pour Pito : l’outback !
Après ces trois jours intenses et plein de découvertes, nous rentrons à Alice Springs. Perrine, Caroline et moi avons rendez-vous dans la journée avec Anya, la copine de l'Allemand qui doit acheter le van. Nous devons parcourir ensemble plus de 300 km, elle devant en 4X4 pour nous montrer la route, et nous derrière avec le van. Bien vite, nous arrivons sur des pistes en terre, puis sur des routes réservées aux 4X4.
Autant dire qu'avec Pito, ce n'est pas une partie de plaisir, et que nous croyons plusieurs fois que nous n'arriverons jamais à destination. Surtout au moment de traverser une rivière, alors qu'il commence à faire bien nuit. Finalement, nous arrivons entières, et le van aussi! Nous ne savons pas vraiment où nous sommes... juste qu'il n'y a rien autour sur plusieurs centaines de kilomètres carrés.
Anya et Sebastian vivent là depuis un an et demi. Une autre Allemande travaille là pour plusieurs mois, avec le même visa que nous, ainsi que deux Australiens retraités. Nous sommes sur les terres de Charlie, qui a 2 500 km² de terrain, et 5 000 vaches. Pour repérer les troupeaux, il utilise simplement un hélicoptère, puis les employés partent les regrouper en moto ou en quad. Les trois Allemands qui vivent là s'occupent un petit magasin réservé aux Aborigènes qui habitent dans la région.
Ils y débarquent par voitures pleines à craquer, et viennent s'approvisionner dès que l'argent du gouvernement tombe. Et repartent avec beaucoup de matériel hifi, et peu de nourriture. Pour payer, les « black fellas », comme on les appelle ici, utilisent la « green card ». L'argent versé par le gouvernement n'est en effet pas du cash, pour tenter d'éviter qu'ils dépensent tout cet argent dans l'alcool. Comme ce sont des « dry communities », ils ne peuvent pas non plus venir chez eux avec de l'alcool, qu'ils ne peuvent acheter qu'à Alice Springs. Avec cette somme, ils ne peuvent pas non plus acheter de pornographie, ni de cigarettes et ne peuvent pas jouer au casino.
Pendant ces deux jours chez Seb et Anya, nous avons découvert une Australie totalement différente de celle que nous avons l'habitude de voir. Nous aurios même dit que nous nétions plus dans le même pays... et c'est là que nous avons laissé Pito! Totalement isolés, ceux qui travaillent là rentrent rarement en ville. Pour venir jusqu'ici, nous avons d'ailleurs mis plus de six heures. Et quatre pour retourner à Alice Springs, avec le 4X4 de Sebastian.
Le retour restera aussi inoubliable, avec un lever de soleil comme on en voit rarement, et la traversée de chevaux sauvages en même temps, pour couronner le tout!
24 heures de train
De retour en ville, nous n'avons pas trainé. En soirée, nous avons pris le train, le fameux Ghan, pour 24 heures de trajet, jusqu'à Darwin. Et nous revoilà dans les tropiques, avec une chaleur moite souvent insoutenable. Ca change des 1 ou 2 degrés que nous avions la nuit dans le « Red centre », autour d'Uluru... Imaginez un peu les nuits en tente! Allez, à bientôt pour de nouvelles aventures!
Naelle
PS : plein de nouvelles photos dans l album « De Cairns a Darwin »... je rajouterais la fin dans les prochains jours. Pour l instant, connexion internet trop limitee !
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